Model Context Protocol (MCP)
Publiée le octobre 19, 2025
Publiée le octobre 19, 2025
Le Model Context Protocol, souvent abrégé MCP, est une norme ouverte (open-source) conçue pour standardiser la façon dont les modèles d’intelligence artificielle (notamment les grands modèles de langage, LLM) interagissent avec des outils, des données et des services externes.
Autrement dit, MCP agit comme un “port universel” pour les IA : un peu comme l’USB-C pour les appareils électroniques, il offre un moyen unifié de connecter un modèle IA à des bases de données, des API, des fichiers, des outils de calcul, etc.
Le protocole a été proposé par Anthropic fin 2024, et depuis, il commence à être adopté dans l’écosystème de l’IA.
En résumé, MCP :
fournit un cadre commun pour faire parler un modèle IA à d’autres systèmes,
permet d’étendre le contexte dont dispose le modèle (pas seulement ce qu’il “sait” via son entraînement, mais aussi ce qu’il peut interroger en temps réel),
vise à faciliter l’intégration des IA dans des environnements opérationnels (entreprise, outils métiers, agents autonomes).
Avant l’émergence de MCP, chaque intégration d’un modèle de langage à un système externe (base de données, API, fichiers internes, outils, etc.) nécessitait un connecteur personnalisé. On se retrouvait avec un problème d’intégration de type “M × N” : chaque modèle × chaque source de données nécessitait du code spécifique.
Cette multiplicité d’interfaces ad-hoc rendait difficile la scalabilité, l’audit, la réutilisation, et posait des défis de maintenance, de sécurité et de gouvernance.
MCP répond à cette dynamique en proposant une interface standardisée par laquelle une IA (“client”) peut découvrir, appeler, interagir avec des services (“serveurs MCP”) sans avoir à retravailler tout le connecteur à chaque fois.
Cela permet aux concepteurs d’agents IA de se concentrer davantage sur la logique métier, l’“intention utilisateur” et moins sur la plomberie technique.
Client MCP : Un modèle IA ou un agent IA qui souhaite accéder à des données, outils ou services externes via MCP.
Serveur MCP : Un service qui expose des ressources (base de données, fichiers, API, calculs) selon la spécification MCP. Le client peut y accéder de façon standardisée.
Protocole de communication : Le protocole definit comment les requêtes sont formulées, comment le contexte est passé, comment le modèle choisit les outils, comment les réponses sont retournées. Par exemple, via JSON-RPC ou des appels de fonctions.
Le modèle IA (client) interroge le serveur MCP pour “outils disponibles” ou ressources contextuelles.
Le client peut choisir un outil ou une source de données, envoyer une requête dans un format standard.
Le serveur MCP traite la requête, effectue les opérations (ex : extraction de donnée, appel d’API, lecture de fichier, exécution de calcul) et retourne un résultat au client.
Le modèle utilise ce résultat comme contexte supplémentaire pour produire une réponse, poursuivre un flux de raisonnement ou déclencher d’autres outils.
Supposons un agent IA chargé d’aider un développeur à modifier un dépôt de code :
Le modèle interroge un serveur MCP qui expose un dépôt GitHub.
Il demande “montre-moi le fichier X” ou “analyse cette fonction”.
Le serveur MCP retourne le contenu.
Le modèle propose une modification (pull request) et le serveur MCP peut effectuer l’action (“create PR”).
Ce type d’usage a été démontré par Anthropic lors du lancement de MCP.
Réduction du code spécifique à chaque intégration.
Découplage entre modèle IA et connecteurs métier.
Possibilité de découverte dynamique d’outils (l’agent peut décider quel outil appeler).
Meilleure traçabilité et gouvernance des accès aux données.
Voici les principaux bénéfices qu’apporte le protocole MCP :
Grâce à MCP, les développeurs n’ont pas à écrire des connecteurs spécifiques pour chaque nouveau modèle ou chaque nouvelle source de données. Une seule interface suffit, ce qui réduit le temps de développement et la complexité.
Les modèles de langage ne sont plus limités à ce qu’ils ont appris pendant l’entraînement : ils peuvent interroger des données en temps réel, accéder à des workflows, manipuler des fichiers, ce qui les rend beaucoup plus utiles en contexte d’entreprise.
L’architecture client-serveur permet d’ajouter de nouveaux serveurs MCP (ex : accès à une nouvelle base de données ou outil métier) sans modifier le modèle IA lui-même. Cela favorise une architecture “plug and play”.
Dans un contexte d’entreprise, il est vital de savoir qui accède à quoi, dans quel contexte, et quelles données sont utilisées. MCP facilite l’audit, le filtrage sélectif des données, la localisation des données (on peut déployer un serveur MCP sur site).
Étant donné que MCP est une norme ouverte, différents modèles IA, connecteurs et outils peuvent fonctionner ensemble de façon cohérente. Ce niveau d’interopérabilité est rare jusqu’à présent.
Comme toute technologie émergente, MCP présente aussi des défis qu’il est important de connaître.
Le fait de donner à un modèle IA accès en temps réel à des fichiers, API ou bases de données pose des risques : injections de prompt, exfiltration de données, usage malveillant. Une étude de vulnérabilités sur de nombreux serveurs MCP a montré que certaines failles spécifiques au protocole existent.
Il est essentiel d’implémenter des contrôles précis : quel outil peut être invoqué, quelles données peuvent être exposées, quelles actions peuvent être menées. Sans cela, on s’expose à des abus ou des fuites de données.
Bien que prometteur, MCP est jeune : les spécifications, les SDK, l’écosystème d’outils se construisent encore. L’adoption n’est pas encore universelle, ce qui peut limiter les avantages dans certains contextes.
Quand un modèle IA enchaîne plusieurs outils (workflow “multi-outil”), garder trace du contexte, des dépendances, des erreurs, devient complexe. MCP facilite cela, mais le défi reste réel.
| Critère | Intégrations ad hoc | Model Context Protocol (MCP) |
|---|---|---|
| Nombre de connecteurs à développer | Nouveau connecteur pour chaque source/model | Un seul protocole standard pour de nombreuses sources |
| Maintenance & évolutivité | Complexe à maintenir | Modulable, réutilisable, extensible |
| Contextualisation du modèle | Limitée, souvent statique | Accès dynamique en temps réel à données/outils |
| Gouvernance & audit | Souvent bricolée | Intégrée via protocole, meilleure traçabilité |
| Interopérabilité | Faible entre modèles/outils | Haute — modèle, outil, connecteur fonctionnent ensemble |
| Sécurité & contrôle | Variable selon implémentation | Nécessite rigueur mais protocole conçu pour cela |
Ainsi, MCP apparaît comme une avance significative par rapport aux méthodes traditionnelles d’intégration des modèles IA dans des systèmes réels.
Voici quelques exemples illustrant comment MCP peut être déployé :
Agent de développement de code : Un assistant IA intégré à un IDE peut, via MCP, accéder au dépôt de code, analyser les fonctions existantes, proposer des modifications et effectuer des pull requests.
Chatbot interne entreprise : Un agent IA qui interroge la base de connaissances de l’entreprise, les fichiers internes, CRM, ERP, via des serveurs MCP sur site, afin de répondre aux employés rapidement avec des données actualisées.
Assistant personnel sur poste de travail : Le modèle accède à vos fichiers personnels (avec accord), lit les documents, prépare un résumé, planifie des tâches ou automatise des actions système — via un serveur MCP local.
Flux agentique multi-outil : Un modèle qui, pour une même requête utilisateur, enchaîne recherche documentaire → API calculatrice → base de données → mise à jour de fichier, le tout coordonné via MCP.
Ces usages montrent que MCP n’est pas seulement une curiosité technique : c’est un catalyseur pour des IA plus utiles, contextualisées et puissantes.
Il accélère l’intégration des IA dans les entreprises. Au lieu de refaire la plomberie pour chaque cas d’usage, on dispose d’un standard.
Il améliore l’expérience utilisateur : l’IA peut agir non pas seulement sur ce qu’elle “sait” mais aussi sur ce qu’elle peut faire et accéder.
Il favorise l’interopérabilité entre différents fournisseurs de modèles IA, outils, plateformes. Cela réduit le verrouillage (lock-in) et crée un marché plus ouvert.
Il renforce la gouvernance et la conformité : dans un contexte où l’accès aux données, la traçabilité, la responsabilité comptent énormément, avoir un protocole standard est un avantage.
Il ouvre la voie à une architecture “agentique” d’IA où les modèles, les outils et les workflows peuvent être orchestrés de façon modulaire, ce qui est un pas vers l’IA autonome dans un cadre contrôlé.
Adoption large et maturité : Pour que MCP devienne vraiment un standard, il doit être adopté par un grand nombre d’acteurs (modèles IA, fournisseurs d’outils, entreprises) avec des implémentations robustes.
Sécurité & confiance : Comme évoqué, permettre à un modèle IA d’exécuter des actions ou d’accéder à des données sensibles nécessite des garanties fortes (authentification, permissions, journalisation, sandboxing).
Performance & latence : L’accès à des sources externes peut introduire de la latence. Il faut s’assurer que l’expérience reste fluide pour l’utilisateur final.
Interopérabilité entre versions : Comme pour tout standard jeune, il peut y avoir des divergences d’implémentations, des versions incompatibles, ou une fragmentation.
Gouvernance éthique : On doit s’assurer que l’IA n’abuse pas de ses capacités à accéder/agir, que le consentement utilisateur soit clair, que la transparence soit maintenue.
Maintenance des connecteurs : Même si MCP réduit la surcharge des connecteurs, les serveurs MCP eux-mêmes doivent être maintenus, sécurisés et audités. L’étude montre que plusieurs serveurs open-source présentent des “code smells” ou failles.
Le Model Context Protocol (MCP) marque un tournant dans la manière de concevoir et de déployer des systèmes d’intelligence artificielle. En fournissant un standard ouvert pour connecter les modèles IA à des services, données et outils externes, il rend ces systèmes plus puissants, contextuels, intégrés et gouvernables.
Pour les entreprises cherchant à exploiter les modèles de langage de façon opérationnelle — et non seulement expérimentale —, MCP ouvre la voie à :
des flux de travail plus modulaires,
un temps de mise en production réduit,
une gouvernance renforcée,
une meilleure interopérabilité.
Bien sûr, le protocole n’est pas exempt de défis : la sécurité, la gouvernance, la maturité de l’écosystème restent des points à surveiller. Mais peu de technologies récentes combinent autant de promesses pour faire passer l’IA du laboratoire vers l’entreprise.
Si vous planifiez d’intégrer des agents IA dans votre organisation, MCP mérite d’être au cœur de votre réflexion architecturale.